24 heures après l'a cérémonie d'investiture, il peut apparaître réchauffé d'y revenir. L'évènement est derrière
nous. Je n'ai d'ailleurs pas pu m'y attarder comme je l'aurais souhaité aujourd'hui. Aussi c'est plutôt une analyse à froid que je propose.. Disons-le une fois pour toutes:comme à peu près
l'ensemble de la planète, j'ai ressenti une émotion inqualifiable et intense hier, à la vue du nouveau président américain.
Non pas que sa campagne m'ait paru ennuyeuse. Mais terriblement longue, avec tous les passages obligés d'une procédure démocratique aussi complexe et ouvragée par l'Histoire et empreinte du
droit que celle des Etats-Unis: Obama a franchi toutes ces étapes, éliminatoires, au forceps. Les moins armés n'ont aucune chance et il ne paraissait pas, loin s'en faut
, le mieux à même de s'imposer il y a un an, au début de la sélection démocrate. Aussi, son triomphe a quelque chose d'exceptionnel , d'insolent, dans un pays où l'élection d'un
Noir à la Maison Blanche était tout simplement inenvisageable il y a encore 5 ou 10 ans.
Mais je veux revenir sur la signification politique. Ici en France, nos catégories de perception sont brouillées. A peu près complètement. A droite, c'est évident: l'UMP, à commencer par ses
militants et sympathisants, ne comprend pas (ou feint de ne pas comprendre) que l'élection d'Obama marque la fin nette de sa fantasmagorie atlantiste. Atlantisme de pacotille
des voyages de Sarkozy dans le ranch des Bush. Croyance dans une communauté de valeurs factice, qui était supposé allier libéralisme, libre-échangisme et valeurs
religieuses.
Pour reprendre une formule chère à Sarkozy et en la détournant et en la retournant, ce cocktail réactionnaire est le monde d'hier.
A gauche, une illusion tout aussi dommageable, à laquelle Ségolène Royal me semble avoir échappé, en effectuant le geste symbolique fort, et efficace
politiquement, de se déplacer à la cérémonie d'investiture. Elle fut bien seule d'ailleurs à y
assister: aucun membre du gouvernement français ne se trouvait hier à Washington, où fut déclamé un beau discours lyrique, à la résonance politique forte.
Au passage, la polémique autour de ses propos sur "l'inspiration" de la campagne d'Obama est de l'ordre du simple rappel anecdotique de sa part, sans qu'il faille aller chercher
quelconque mégalomanie: une délégation démocrate avait effectivement étudié la campagne de Ségolène Royal, et notamment son modus operandi sur le Net. Ségolène Royal s'en explique de
manière convaincante, dans un message
aujourd'hui adressé aux adhérents de Désirs d'Avenir. Intox 2007 fait le
travail d'exégèse de cette polémique.
Ce qu'à gauche, on peine à discerner, c'est le retour de la gauche américaine. La gauche française, et le Parti
Socialiste en particulier dans ses structures de gouvernance actuelles, est prisonnière d'une vision erronnée qui a été inoculée aux Socialistes il y a 30 ans par Jean-Pierre
Chevènement.
Dans une célèbre réplique à Michel Rocard datant de 1978, Chevènement fustigeait alors la gauche américaine. Qu'il présentait alors comme un révisionnisme radical, une sorte de corps
étranger à la gauche. Rendons hommage à la vision prophétique qu'avait alors Chevènement du devenir du Parti Démocrate, en pleine déroute idéologique consécutive à la montée du Reaganisme. Notons
que Chevènement persiste
aujourd'hui dans cette vision des choses.
30 ans après, Barack Hussein Obama hérite des décombres d'un Parti Démocrate qui, dans ses formes pro-mondialisation, n'a pas survécu aux deux défaites successives de 2000 et de 2004. Il
serait trop ambitieux de développer d'avantage. Retenez simplement cette conclusion, tout aussi prophétique que la sentence de Chevènement: la gauche américaine est aujourd'hui incarnée dans des
formes sans précédents, qui sont celles d'une hostilité à la mondialisation libérale, d'un rejet viscéral du fondamentalisme incarné par Ronald Reagan et ses pâles épigones de successeurs,
et d'une remise en question (à caractère vital) des orientations économiques, sociales et politiques, prises depuis plus de 30 ans par les deux grands partis.
Il est trop tôt pour en mesurer la portée effective.
Vous me connaissez tous...Ou en tout cas beaucoup parmi vous seront ameutés par les liens vers ce nouveau
blog. Beaucoup frémissent déjà: que va t-il encore produire comme spéciosités ou insultes au sens commun politique ?
Je tiens à rassurer par avance mes lecteurs passés, présents et futurs: only the best and
brightest will be published.
Mais je souhaite répondre de manière liminaire à une question: pourquoi ce titre du blog ?
J'ai choisi ce nom animalier (le blog politique de Swan) pour une raison simple, et double: d'abord parce qu'on m'y a incité ("on" étant
la communauté de connaissance que j'ai édifiée patiemment et longuement sur Internet, jusqu'à devenir un des blogueurs politiques français les plus réputés). En second lieu car on me prête à
juste raison un goût immodéré pour ces magnifiques oiseaux gracieux et familiers que sont les cygnes, fussent-ils blancs, noirs...
Je les ai récemment nourris lors d'une pérégrination rituelle à Versailles. Les pauvres palmipèdes se trouvaient affamés et il m'a fallu contribuer, à même la glace, de concert avec les mères de famille versaillaises, à leur sauver la vie durant cette magnifique et relativement brève vague de froid et de neîge qui a couvert la France en janvier 2009.
Ne nous y trompons-pas: ce blog ne redeviendra que progressivement et graduellement politique. Il ne le sera jamais
d'ailleurs totalement. J'y livrerai à échéance régulière mes sentiments, si possibles mes analyses, sur le devenir politique, du monde, de la France, en m'affranchissant si possible de la
chronique quotidienne...
Je ne m'engage à rien. Aucune obligation de résultats. Amateurisme. Pas de course à l'audience, ni de
compétition. Pour l'anecdote, le choix d'une police unique de caractère: Trebuchet MS.
Il ne sera pas d'avantage nécéssaire de fouiner ici quotidiennement: vous n'y trouverez qu'une littérature éparse, mise à jour de manière irrégulière, laquelle regroupera néanmoins le monopole de ma production politique écrite.
En ce jour d'investiture de Barack Hussein Obama, je vous quitte et reviens derechef au grand spectacle...
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